
« l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair » est un l’un des principes bibliques répétés in extenso dans l’ancien et le nouveau testament. Malheureusement, il n’est pas toujours facile de discerner comment l’appliquer concrètement. Par exemple, comment le concilier avec l’amour et la gratitude qu’on ressent pour ses parents ? Ou avec le commandement « Honore ton père et ta mère » (Ephésiens 6 :2) ? Dans la pratique, surtout dans les pays africains où le lien parental a également une dimension culturelle très forte, ce principe finit trop souvent ignoré.
Pourquoi est-il important de quitter ses parents ?
- Parce que Bible dit qu’il faut le faire;
- Parce que plusieurs professionnels en conseil conjugal partagent que l’ingérence des belles-familles, qu’elle soit directe/intentionnelle ou involontaire et par conjoint interposé, est l’une des trois causes profondes (avec l’argent et le sexe) de presque tous les conflits conjugaux.
L’impact du lien parental sur le lien conjugal
Chez un enfant vivant dans un environnement même peu équilibré, les parents occupent la 1ere place après Dieu. Dans les faits, ils occupent même souvent la première place avant Dieu. Pour que cet enfant devenu adulte puisse réellement s’unir à son conjoint, il faut que la partie « directive » qui était occupée par ses parents dans sa vie, se libère pour que le conjoint puisse l’occuper. Au-delà de l’intimité sexuelle, c’est ce que signifie quitter pour s’attacher.
Beaucoup de personnes expérimentent un manque d’unité avec leur conjoint et aimeraient qu’il en soit autrement, mais en même temps, ils ne veulent pas se détacher des intimités qu’ils avaient avant le mariage, soit par immaturité, soit par peur d’être mal vus dans leur famille d’origine. Cela se voit au travers du langage. Beaucoup de personnes mariées depuis des années font référence à leurs parents et à leurs frères et soeurs quand ils disent « ma famille », sans réfléchir à ce que ça implique pour leur conjoint et leurs enfants.
On ne peut pas avoir les deux unités à la fois, il faut accepter la nécessité de donner la priorité à une seule des deux, en gardant à l’esprit que nous ne sommes pas plus sages que Dieu, et que nous n’aimons pas nos parents plus que Lui. En établissant ce principe, Il n’était pas ignorant des sacrifices que nos parents feraient pour nous. Quitter ses parents peut créer des frustrations chez eux et chez les nouveaux conjoints au début, mais ils finiront par comprendre que le couple continue de les aimer et de les respecter si c’est le cas.
Que signifie concrètement « quitter ses parents »?
Idéalement, il vaut mieux qu’il y’ait une séparation physique entre des jeunes conjoints et leurs parents, surtout au début du couple. Ça évite les frustrations facultatives. Mais ce n’est pas toujours possible, par exemple dans les cas de vulnérabilité d’un parent, et il ne s’agit pas de renier, déshonorer ou abandonner ses parents. Beaucoup d’autres commandements de Dieu sont clairs là-dessus.
Par exemple :
Si une veuve a des enfants ou des petits-enfants, qu’ils apprennent avant tout à exercer la piété envers leur propre famille, et à rendre à leurs parents ce qu’ils ont reçu d’eux ; car cela est agréable à Dieu.
1 Timothée 5 :4
Il ne s’agit pas non plus de cesser de les aimer ou de leur témoigner de l’amour et du respect. Ce dont il s’agit, c’est d’un changement d’ordre de priorité. Quitter ses parents implique entre autres ce qui suit.
1. Comprendre qu’honorer ses parents n’implique pas de ne jamais leur dire non
Beaucoup de personnes mariées n’arrivent jamais à expérimenter l’unité avec leur conjoint parce qu’elles considèrent que le commandement « honore ton père et ta mère » signifie « tu ne diras jamais non à ton père ou ta mère ». Leur conjoint se retrouve méprisé dans la prise de décisions concernant son foyer et parfois ses enfants, chaque fois que son avis est différent de celui d’un de ses beaux-parents. Le conjoint est en plus condamné à ne pas s’en plaindre sous peine d’être accusé de ne pas aimer ses beaux-parents. Ce comportement est injustifiable à la lumière de la Bible.
En effet, honorer quelqu’un signifie lui accorder de la valeur, du respect et de la considération, et Dieu ne demande pas seulement d’honorer ses parents. Il demande aussi:
- à tous, y compris les parents, d’honorer le mariage (« Que le mariage soit honoré de tous »- Hébreux 13:4a)
- à tous, de ne pas séparer ce que Dieu a uni (« Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint. » – Marc 10:9)
- aux femmes, d’être soumises à leur mari (« Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur » – Ephésiens 5:22)
- aux hommes d’honorer leur femme (« Maris, montrez à votre tour de la sagesse dans vos rapports avec vos femmes, comme avec un sexe plus faible ; honorez-les, comme devant aussi hériter avec vous de la grâce de la vie. Qu’il en soit ainsi, afin que rien ne vienne faire obstacle à vos prières. » – 1 Pierre 3:7)
Il est impossible de rester cohérent en disant systématiquement oui à toutes les personnes que Dieu nous instruit d’honorer. L’une des manières les plus visibles d’honorer ses parents c’est de devenir un adulte mature et autonome, capable de gérer ses priorités selon la parole de Dieu, d’assumer ses choix et de répondre de ses convictions avec respect. Cela implique parfois de devoir dire non à une sollicitation ou à un avis d’un parent, soit à cause de ses convictions personnelles, soit pour rester fidèle à un engagement pris vis-à-vis de son conjoint, ou à une orientation générale du couple.
2. Accepter de créer un nouveau référentiel de valeurs et de principes qui sera celui de sa famille nucléaire.
Le fondement de ce nouveau référentiel doit être la parole de Dieu telle qu’elle est comprise par les deux conjoints. Il peut intégrer ce qui était bon dans les référentiels des deux belles-familles mais chaque conjoint doit accepter de rejeter volontairement ce qui était éventuellement mauvais dans les valeurs, principes et comportements des parents. Il doit aussi accepter de rejeter ce qui, même sans être mauvais en soi, est incompatible avec les valeurs, principes et convictions du couple.
3. Respecter le fait qu’un couple a deux belles-familles.
Chaque conjoint a besoin de se demander s’il(elle) se sentirait à la place qui est censée être la sienne selon la parole de Dieu, si l’autre traitait ses parents comme il(elle) traite les siens en termes d’intimité, de finances, d’implication dans la vie du couple, etc. Il s’agit plus d’équité que d’égalité, parce que les parents peuvent avoir des situations et des besoins différents. Le couple a la responsabilité de faire ce qui est honorable et juste envers tous ses beaux-parents sans qu’il ne soit besoin de comparer ce qui est donné aux uns et aux autres, mais il faut gérer le fait que si chaque conjoint a pour objectif de vie de perpétuer la manière dont il(elle) vivait avec ses parents, frères et soeurs comme « quand on était petits », ou d’éviter à tout prix de contrarier sa mère ou son père par gratitude pour les sacrifices faits pour lui(elle), le couple n’aura jamais la possibilité de bâtir son identité propre, et les conjoints ne pourront jamais être unis.
4. Donner la priorité à son conjoint sur toutes les questions relative à son foyer
Le conjoint n’a pas toujours raison, et il n’est pas question d’être injuste vis-à-vis de ses parents. Mais pour les questions relevant de la gestion du foyer (la tenue de la maison, les enfants, la gestion des finances du couple, l’implication du couple dans la famille élargie, etc.), il faut accepter qu’il y’a des situations où l’on est obligé de choisir entre prendre le risque de contrarier son conjoint et prendre le risque de contrarier sa famille d’origine. Dans ces cas là, notre responsabilité est de mettre en priorité le confort de notre conjoint au sein de son foyer, parce que les autres membres de la famille élargie sont également prioritaire dans leur foyer à eux. Dans ce type de situations, il est important que chacun gère la contrariété de ses parents et évite de rendre son conjoint responsable à leurs yeux.
Protéger son conjoint et son couple face à ses parents. Cela implique entre autres, de se discipliner pour éviter de faire participer ses parents (de manière ouverte ou pas) à la prise de décisions qui devraient de s’auto-censurer lorsqu’on parle de son conjoint et de son couple à ses parents afin de préserver l’intimité du couple. Cela implique également de poser des limites fermes dans ce que l’on tolère
Les bénéfices pour les parents du fait de les quitter pour s’attacher à son conjoint
Les parents d’adultes mariés ont intérêt à ce leurs enfants s’éloignent d’eux pour s’attacher à leur conjoint(e), parce que lorsqu’ils seront plus vulnérables, ils auront besoin de lui (d’elle). A ce moment-là, c’est l’amour qui se sera construit et fortifié au sein du couple qui rendra ce(tte) conjoint(e) capable de prendre soin d’eux avec dévouement et amour. S’ils étaient une source de division au sein du couple, ils en subiront les conséquences de manière indirecte parce que le couple sera moins équipé pour prendre soin d’eux. Par exemple :
- si un des beaux-parents a besoin de soins médicaux, son enfant aura généralement besoin de son conjoint lorsque la charge financière augmentera ;
- si un des beaux-parents est malade et doit être hébergé par le couple, il est très fréquent que son enfant ait besoin de son conjoint ou des enfants du couple pour en prendre soin physiquement et émotionnellement au quotidien.
Lorsqu’une personne met son conjoint dans la position de devoir assumer ce type de responsabilité « par obligation » plutôt que par amour, la relation de couple en pâtit doublement à cause de l’épreuve elle-même, et à cause de la frustration de devoir se sacrifier parfois lourdement, pour quelqu’un qui était et qui parfois demeure une source de tension dans le couple. A l’inverse, lorsque cela est fait dans l’amour et l’unité, cela rapproche les conjoints.
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